Le Brexit, effectif depuis le 31 janvier 2020, a redistribué les cartes sur de nombreux marchés européens. Le marché immobilier français n’a pas échappé à ces bouleversements. Comment le Brexit affecte le marché immobilier en France ? La réponse est plus nuancée qu’on ne le croit : entre recul des acheteurs britanniques dans certaines régions, ajustements des prix et nouvelles contraintes administratives, les effets se font sentir à plusieurs niveaux. Le secteur du logement, qui représente selon les Notaires de France une part considérable de l’économie nationale, doit désormais composer avec une demande étrangère profondément modifiée. Pour quiconque s’intéresse au secteur, le site Immo recense des analyses régulières sur l’évolution des marchés locaux, avec des données actualisées par département et par type de bien.
Impact du Brexit sur les acheteurs britanniques en France
Avant 2020, les ressortissants britanniques figuraient parmi les acheteurs étrangers les plus actifs sur le territoire français. En 2021, environ 10 % des acheteurs immobiliers étrangers en France étaient de nationalité britannique, selon les estimations de la FNAIM. Ce chiffre, bien qu’à prendre avec prudence compte tenu des variations régionales, témoigne d’un appétit réel pour la pierre française, notamment dans le Périgord, la Bretagne et la Côte d’Azur.
Depuis le Brexit, plusieurs freins ont émergé. Les Britanniques ne bénéficient plus du statut de citoyen européen, ce qui modifie en profondeur leur rapport à l’achat immobilier en France. Acheter reste techniquement possible — aucune loi française n’interdit l’acquisition d’un bien par un ressortissant non-européen — mais les démarches se sont alourdies.
Les critères qui guident désormais les décisions d’achat des Britanniques ont évolué :
- La durée de séjour autorisée sans visa (90 jours sur 180 pour les ressortissants hors UE), qui complique l’usage d’une résidence secondaire
- La fiscalité applicable aux non-résidents européens, notamment les prélèvements sociaux sur les revenus locatifs
- L’accès au financement bancaire français, plus complexe pour les emprunteurs hors zone euro
- La fluctuation du taux de change livre sterling / euro, qui impacte directement le budget disponible
Ces obstacles ont conduit une partie des acheteurs britanniques à reporter leurs projets ou à se tourner vers d’autres destinations européennes. La Fédération Nationale de l’Immobilier a observé une baisse sensible des transactions impliquant des acheteurs du Royaume-Uni dans les zones traditionnellement prisées. Certaines agences du Luberon ou de la Dordogne rapportent une diminution de 20 à 30 % des visites de clients britanniques depuis 2020, même si ces données restent difficiles à consolider à l’échelle nationale.
Le profil des acheteurs britanniques qui persistent a lui aussi changé. Ce sont désormais majoritairement des personnes à fort patrimoine, capables d’absorber les contraintes fiscales et administratives, ou des retraités souhaitant s’installer définitivement en France via un visa long séjour.
Évolution des prix immobiliers en France depuis le Brexit
Attribuer les variations de prix au seul Brexit serait une erreur d’analyse. Le marché immobilier français obéit à des dynamiques multiples : taux directeurs de la Banque centrale européenne, politique du logement, démographie, attractivité des métropoles. Cela dit, le retrait partiel des acheteurs britanniques a produit des effets localisés, particulièrement visibles dans les zones rurales du Sud-Ouest et de l’Ouest de la France.
À l’échelle nationale, le prix moyen des propriétés en France a augmenté de 5 % en 2022, atteignant environ 3 000 € par m² selon les données de l’INSEE. Cette hausse globale masque des disparités régionales notables. Dans les campagnes du Lot ou de la Corrèze, où les Britanniques représentaient parfois jusqu’à 15 % des acquéreurs, la demande s’est contractée et les prix ont stagné, voire légèrement reculé sur certains segments.
À l’inverse, les grandes métropoles comme Paris, Lyon ou Bordeaux ont peu souffert de ce phénomène. La demande intérieure et les investisseurs institutionnels ont maintenu la pression sur les prix urbains. Le Brexit a donc creusé un écart entre les marchés ruraux, autrefois dopés par la demande britannique, et les marchés urbains, portés par d’autres moteurs.
La Côte d’Azur présente un cas particulier : malgré le Brexit, les biens de prestige à Nice, Cannes ou Saint-Tropez continuent d’attirer une clientèle internationale aisée, britannique incluse. Le luxe résiste aux contraintes administratives quand le budget le permet. Les Notaires de France confirment que le segment haut de gamme a moins souffert que le marché intermédiaire des maisons de campagne à 200 000-400 000 €.
Financement et accès au crédit pour les acheteurs non-résidents
Le taux d’intérêt moyen des prêts immobiliers en France a atteint 1,5 % en 2023 pour les résidents, un niveau historiquement bas qui a soutenu la demande nationale. Pour les acheteurs britanniques, l’accès à ces conditions avantageuses est devenu plus difficile depuis le Brexit.
Les banques françaises appliquent des critères de solvabilité plus stricts aux emprunteurs non-résidents hors UE. Un acheteur britannique devra souvent justifier de revenus plus élevés, apporter un apport personnel plus conséquent — parfois 30 à 40 % du prix du bien — et accepter des taux légèrement supérieurs à ceux proposés aux résidents français. Certains établissements refusent simplement de financer des non-résidents extra-européens sur des biens situés en dehors des grandes villes.
Le Ministère de la Cohésion des Territoires n’a pas mis en place de dispositif spécifique pour compenser ces difficultés. Les acheteurs britanniques doivent donc souvent se tourner vers des banques spécialisées dans le financement international, ou recourir à des montages via une SCI (Société Civile Immobilière), une structure juridique qui peut simplifier certaines démarches successorales et fiscales pour les non-résidents.
La fluctuation du taux de change livre sterling / euro ajoute une couche d’incertitude supplémentaire. Depuis le vote de 2016, la livre a perdu environ 15 % de sa valeur face à l’euro, ce qui a mécaniquement réduit le pouvoir d’achat immobilier des Britanniques en France, même à budget constant en sterling.
Nouvelles démarches administratives et réglementaires
Sur le plan juridique, l’achat d’un bien immobilier en France par un ressortissant britannique suit les mêmes règles que pour tout acheteur non-européen. La transaction passe obligatoirement par un notaire, qui vérifie la conformité de l’acte et s’assure du paiement des droits de mutation. Ces droits, de l’ordre de 7 à 8 % pour les biens anciens, s’appliquent identiquement quelle que soit la nationalité de l’acheteur.
La nouveauté post-Brexit concerne principalement le droit au séjour. Un Britannique qui souhaite résider plus de 90 jours en France doit désormais obtenir un visa long séjour, puis un titre de séjour. Cette démarche, instruite par les préfectures, peut prendre plusieurs mois. Pour ceux qui envisagent une résidence principale en France, le processus reste accessible mais demande une anticipation sérieuse.
La question de la fiscalité successorale mérite une attention particulière. Avant le Brexit, les conventions fiscales entre la France et le Royaume-Uni s’appliquaient dans un cadre européen harmonisé. Depuis 2020, certaines subtilités ont évolué, notamment concernant les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers perçus par des non-résidents. Le taux applicable aux ressortissants hors EEE peut atteindre 17,2 % sur les revenus locatifs, contre des taux réduits pour les résidents européens.
Les Notaires de France recommandent systématiquement aux acheteurs britanniques de consulter un avocat fiscaliste franco-britannique avant de signer tout compromis de vente. La complexité des règles applicables aux successions transfrontalières justifie cet investissement préventif, d’autant que les montants en jeu peuvent être significatifs.
Ce que le Brexit révèle sur la résilience du marché français
Le recul des acheteurs britanniques a mis en évidence une réalité souvent sous-estimée : le marché immobilier français ne dépend pas d’une seule nationalité d’acheteurs étrangers. D’autres profils ont partiellement comblé le vide laissé par les Britanniques. Les acheteurs américains, néerlandais et scandinaves se montrent de plus en plus présents sur les marchés ruraux et périurbains, attirés par des prix encore compétitifs à l’échelle européenne.
La FNAIM souligne que la demande intérieure française reste le premier moteur du marché résidentiel. Les primo-accédants, les investisseurs locatifs et les ménages en mobilité professionnelle génèrent l’essentiel des transactions. Le Brexit a donc eu un impact réel mais localisé, sans provoquer de décrochage généralisé des prix.
Pour les vendeurs de biens ruraux dans les zones traditionnellement prisées des Britanniques, l’adaptation passe par un repositionnement marketing vers d’autres nationalités et une meilleure valorisation des biens via le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique), devenu un critère de choix pour tous les acheteurs européens. Un bien classé A ou B se vend plus vite et à un prix supérieur, quelle que soit la nationalité de l’acquéreur.
À plus long terme, une partie des Britanniques installés en France avant 2020 bénéficient de droits acquis au titre de l’accord de retrait entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne. Ces résidents protégés peuvent continuer à vivre, travailler et posséder des biens en France dans des conditions proches de celles qui prévalaient avant le Brexit. Cette population représente un vivier stable de propriétaires britanniques en France, estimé à plusieurs centaines de milliers de personnes.